Angélique ou l’érotisme enfantin

Muttpop prépare une année 2014 pleine de charme autour de l’icône qu’est devenue Angélique, la célèbre Marquise des Anges. Mais avant d’entrer plus précisément dans ce que sera le programme à la cour du Roi, c’est sur Angélique elle-même que je souhaite revenir aujourd’hui, tant elle occupa mes rêves (fantasmes ?) d’enfant.

Quelque part au milieu des années 80, au cœur des vacances de Noël, assis sur le canapé de ma grand-mère, alors que je n’avais qu’une dizaine d’années, je découvrais le film de Bernard Borderie, Angélique, Marquise des Anges. Si le début m’évoquait un film de cape et d’épée comme j’aimais en regarder à l’époque (Le capitaine fracasse, le bossu), la suite devait éveiller en moi des sentiments confus et inattendus. Michèle Mercier, rousse incandescente, lascivement allongée sur son lit, le regard envoûtant, déclenchait mes premiers émois.

Et c’est ainsi que débuta ma vie intellectuelle amoureuse et charnelle. Sur les courbes délicieuses d’une comédienne qui devait hanter mes fantasmes d’enfant durant de longues années, et aujourd’hui encore il faut bien le reconnaître.

La belle pas bête

Plaisir total, Bernard Borderie ne réalisa pas un film, mais cinq, initiant le principe de la franchise passé à la postérité de nos jours avec les Star Wars, Aliens, Avengers et autres Seigneur des Anneaux. Ce qui était alors présenté comme « un cycle » se composait donc d’Angélique, marquise des anges (1964), Merveilleuse Angélique (1965), Angélique et le Roy (1966), Indomptable Angélique (1967) et Angélique et le sultan (1968).

© SN Prodis, Canal +

De chacun d’eux, je conserve une image, une scène, une ambiance qui depuis résonnent comme autant de madeleines. Angélique enchaînée, Angélique amoureuse, Angélique combattante, Angélique courageuse, Angélique survivante, petit à petit, devant mes yeux d’enfant se dessinait le profil d’une femme incroyable de volonté et de charisme. Loin d’être une demoiselle en détresse, Angélique savait jouer de ses charmes pour obtenir ce qu’elle souhaitait, tout en payant parfois le prix de sa beauté attisant toutes les convoitises et les jalousies. Et si ce n’est pas avec un fleuret à la main qu’elle gagne le respect de son entourage, elle y parvient par la force de son caractère : imaginez l’impact d’une telle personnalité sur un enfant de 10 ans !

© SN Prodis, Canal +

À n’en pas douter, la saga Angélique fut pour moi un véritable claque, tant au niveau du regard qui est porté sur la femme qu’en termes d’émotions qu’engendraient en moi Michèle Mercier devenue femme parmi les femmes. Il serait réducteur de penser qu’Angélique est une histoire à l’eau de rose comme on peut en lire par centaines dans les pages de la collection Harlequin. Cela va bien au-delà et les récits assurent de l’aventure, de la passion, de la romance, des trahisons, et même de l’exotisme puisque Angélique ne se contente pas de rester en France, exportant son aura et sa superbe aux quatre coins du monde.

Lady Angie !

© Riyoko Ikeda

Cet amour d’enfant toujours vivace lorsque je regarde les films, fut complété, quelques années après, par l’envie de lire les romans dont ils s’inspirent. A l’instar des films, les livres historiques d’Anne et Serge Golon décrivent la vie romanesque d’Angélique de Sancé de Monteloup, comtesse de Peyrac, marquise de Plessis-Bellière, sous le règne de Louis XIV. Publiée entre 1956 et 1985, la saga compte 14 tomes, mais depuis 2009, Anne Golon (aujourd’hui âgée de 93 ans) a entamé une remise à jour de son œuvre. Ainsi, elle propose de nouvelles éditions de ses textes originaux auxquels elle ajoute des développements inédits, tout en écrivant la suite de l’histoire. A ce jour 6 tomes de cette nouvelle Angélique sont parus, pour une collection qui devrait courir au final sur plus de 20 tomes !

Au milieu des années 80, je devais aussi croiser la route d’une autre icône féminine de l’aventure : Lady Oscar, personnage central d’un anime japonais créé d’après le manga La Rose de Versailles de Riyoko Ikeda. Si le lien peut ne pas sembler évident, il fut pour moi criant : Angélique et Lady Oscar partagent le même goût de l’aventure, ce sont des femmes parvenues à s’imposer dans un monde machiste à la seule force de leurs caractères respectifs. Pourtant il y a bien des différences. Quand Angélique use majoritairement de ses atouts féminins et de son intelligence pour avancer dans la vie, Oscar profite d’une éduction militaire rigoureuse lui permettant de devenir le capitaine de la garde royale, chargée de la protection de la jeune dauphine Marie-Antoinette. Alors bien sûr, l’érotisme d’Angélique est totalement absent de Lady Oscar, mais l’esprit de ces femmes est suffisamment fort pour qu’un pont puisse être dressé entre elles.

© EuropaCorp Distribution

Logiquement lorsque j’ai entendu parler d’une adaptation d’Angélique en manga, je ne pouvais imaginer autre chose que la rencontre de l’univers glamour et impétueux d’Angélique, et celui plus militaire et combatif de Lady Oscar. Sans doute aurons-nous l’occasion d’y revenir dans des billets ultérieurs. Pour l’heure, période de fêtes oblige, je vais me replonger avec délectation dans la pentalogie originale aux côtés de la belle Michèle Mercier, et peut-être même irais-je voir le remake d’Ariel Zeitoun, même si le charme d’antan ne sera forcément pas à la hauteur de mes souvenirs d’enfant.

Kirby

 

Angélique ou l’érotisme enfantin

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